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Vins du Beaujolais : guide complet des 10 crus

Vins du Beaujolais : 16 000 ha, 12 AOC dont 10 crus. Guide de Morgon, Moulin-à-Vent, Fleurie et la renaissance qualitative du Gamay.

L'équipe ResoVino11 min
Vignoble du Beaujolais avec collines granitiques au coucher du soleil

Résumé rapide

Le Beaujolais (16 000 hectares au sud du Mâconnais) a longtemps souffert de son association au Beaujolais Nouveau. Pourtant, ses 10 crus produisent depuis les années 1980 des Gamay de grande qualité, parfois confondus avec des Bourgogne village ou 1ᵉʳ Cru. La renaissance qualitative est due aux vignerons natures (Marcel Lapierre, Jean Foillard, Yvon Métras, Jean-Paul Thévenet — le "Gang of Four"). 12 AOC dont 10 crus communaux, sur granits décomposés (gore) au nord.

Géographie : du sud du Mâconnais à Lyon

Le Beaujolais s'étend sur 55 km nord-sud, du sud du Mâconnais (Saône-et-Loire) au nord de Lyon (Rhône). Climat continental tempéré, influences méridionales.

Le vignoble se divise en deux zones géologiques :

  • Beaujolais nord (10 crus + Beaujolais-Villages) : sols granitiques décomposés ("gore"), schistes — terroir de qualité
  • Beaujolais générique : argilo-calcaires plus au sud — production de masse

Les 12 AOC du Beaujolais

AOCSurfaceSous-zoneCaractère
Beaujolais7 500 haSud, diversVolume, simple, Beaujolais Nouveau
Beaujolais-Villages4 500 ha38 communes nordPlus structuré
Saint-Amour320 haNord (Saône-et-Loire)Floral, soyeux
Juliénas580 haCru le plus septentrionalStructure, fruit
Chénas250 haCru le plus petitCharpente, garde
Moulin-à-Vent660 haGranit rose, manganèse"Roi des Beaujolais", garde
Fleurie870 haGranit décomposéÉlégance, violette
Chiroubles350 haAltitude (400 m)Léger, soyeux
Morgon1 100 haCôte du Py (schistes)Le plus structuré, "pinote"
Régnié380 haCru le plus récent (1988)Fruité, accessible
Brouilly1 200 haLe plus vasteSouple, fruité
Côte de Brouilly320 haMont Brouilly (schistes bleus)Structure, minéralité

Voir Gamay pour le détail du cépage.

Les 10 crus en détail

Saint-Amour

Cru le plus septentrional, à la frontière du Mâconnais. Sols granitiques avec mêlée argilo-calcaire. Profil : floral (rose, pivoine), fruits rouges, parfois note d'épices douces. Garde 4-8 ans.

Domaines : Domaine des Billards, Château Bonnet.

Juliénas

Cru frais, sols granitiques et schistes. Profil : pivoine, framboise, épices, structure ferme. Garde 5-10 ans.

Domaines : Pascal Granger, Château de Juliénas.

Chénas

Le plus petit cru, sols granitiques rose-rouge à dominante manganèse. Profil : charpente, fruits noirs, structure. Souvent confondu avec Moulin-à-Vent voisin. Garde 5-10 ans.

Domaines : Domaine Lapierre (anciennement Chénas), Château de Chénas.

Moulin-à-Vent

Considéré le "roi des Beaujolais". Sols granitiques rose à manganèse, signe d'identité. Profil : structure tannique, fruits noirs, parfois note de violette et d'épices. Le seul cru qui peut "pinoter" (ressembler à un Bourgogne) avec l'âge. Garde 8-15 ans, parfois 20+ ans pour les meilleurs.

Domaines : Château des Jacques (Louis Jadot), Domaine Thivin, Hubert Lapierre, Domaine Diochon.

Fleurie

"La reine du Beaujolais". Sols granitiques décomposés (gore rose). Profil : très floral (violette, iris, pivoine), framboise, soyeux. Garde 5-10 ans.

Domaines : Yvon Métras (référence absolue), Clos de la Roilette, Château de la Chaize.

Chiroubles

Le cru le plus en altitude (400 m+), climat plus frais. Sols granitiques. Profil : léger, fruité, soyeux, souvent comparé à un Bourgogne village. Garde 4-8 ans.

Domaines : Trénel, Château de Javernand.

Morgon

Le plus structuré, sur la Côte du Py (schistes ferrugineux et granits). Profil : fruits noirs (mûre, cassis), sous-bois, parfois note de truffe avec l'âge. "Morgonner" est un verbe créé pour décrire l'évolution unique de ce cru. Garde 8-15 ans, parfois 25+ ans pour les meilleurs.

Domaines : Marcel Lapierre (le pionnier), Jean Foillard, Jean-Paul Thévenet, Domaine de la Madone.

Régnié

Le cru le plus récent (créé en 1988). Sols granitiques. Profil : fruité, frais, accessible. Style entre Brouilly et Morgon. Garde 4-8 ans.

Domaines : Domaine de Bel Air, Daniel Bouland.

Brouilly

Le plus vaste cru. Sols variés, dominante granitique. Profil : souple, fruité, accessible jeune. Garde 4-7 ans.

Domaines : Château Thivin (référent), Château des Tours, Domaine de la Pierre Bleue.

Côte de Brouilly

Sur le Mont Brouilly (volcan éteint), schistes bleus uniques. Profil : minéralité, fruits noirs, structure. Garde 5-10 ans.

Domaines : Château Thivin (Cuvée Zaccharie de référence), Domaine Daniel Bouland.

La renaissance qualitative

Pendant des décennies, le Beaujolais a souffert de son association au Beaujolais Nouveau (lancé en 1951, déposé chaque 3ᵉ jeudi de novembre). Cette commercialisation rapide donnait des vins simples, sucrés, sans personnalité.

La renaissance vient des vignerons natures dès les années 1980. Marcel Lapierre, conseillé par l'œnologue Jules Chauvet, abandonne la chimie de synthèse, vinifie en grappes entières avec peu ou pas de soufre. Le résultat : des Morgon de garde, comparables aux meilleurs Bourgognes en aveugle.

Trois autres vignerons rejoignent le mouvement : Jean Foillard, Jean-Paul Thévenet, Guy Breton. Avec Lapierre, ils forment le "Gang of Four" qui inspire toute une génération.

Aujourd'hui, le Beaujolais nature est l'un des mouvements viticoles les plus dynamiques au monde. Le marché japonais, américain et européen s'arrache ces cuvées. Voir vins natures bio.

Le Beaujolais Nouveau : phénomène et déclin

Le Beaujolais Nouveau est lancé officiellement le 13 novembre 1951 par décret. Il est commercialisé chaque 3ᵉ jeudi de novembre, environ 6 semaines après la vendange. Vinification : macération carbonique courte (4-6 jours), mise en bouteille immédiate.

Profil : très fruité (banane, fraise tagada, bonbon), peu tannique, à boire dans l'année.

Apogée commerciale dans les années 1980-2000. Aujourd'hui en déclin (-50 % de ventes depuis 2010), particulièrement à l'export. Le Japon reste le premier marché.

Le Beaujolais Nouveau a longtemps cannibalisé l'image du Beaujolais qualitatif. La distinction "Beaujolais Nouveau" vs "Beaujolais cru" est essentielle.

Domaines de référence

Vignerons natures

  • Marcel Lapierre (Morgon) : Cuvée Marcel Lapierre, Cuvée MMXX
  • Domaine Foillard (Morgon) : Cuvée 3.14, Côte du Py, Corcelette
  • Domaine Métras (Fleurie) : Cuvée L'Ultime, Vieilles Vignes
  • Jean-Paul Thévenet (Morgon) : Vieilles Vignes
  • Guy Breton (Morgon) : Cuvée Marylou, Vieilles Vignes
  • Jean-Claude Lapalu (Brouilly) : Cuvée des Fous

Domaines classiques

  • Château Thivin (Côte de Brouilly) : Cuvée Zaccharie, La Chapelle
  • Château des Jacques (Moulin-à-Vent) : Louis Jadot
  • Hubert Lapierre (Moulin-à-Vent)
  • Pierre-Marie Chermette (Domaine du Vissoux, Beaujolais)
  • Château de la Chaize (Brouilly)

Beaujolais blanc

Quelques domaines produisent du Beaujolais blanc (100 % Chardonnay, IGP) — souvent excellent rapport qualité-prix. Domaine du Vissoux Chardonnay, Château Bonnet blanc.

Profil aromatique selon l'âge

Beaujolais Nouveau : banane, fraise tagada, cerise. À boire dans l'année.

Beaujolais-Villages jeune : framboise, cerise, fleur. Bouche fraîche.

Cru frais (Fleurie, Saint-Amour, Chiroubles, Brouilly) : violette, framboise, cerise, soyeux. Boire 3-7 ans.

Cru structuré (Moulin-à-Vent, Morgon Côte du Py) : fruits noirs, épices, parfois sous-bois. Boire 5-15 ans.

Vieux Morgon ou Moulin-à-Vent (15+ ans) : truffe, sous-bois, cuir, fruits confits. Profil souvent confondu avec un Bourgogne mature.

Accords mets-vins

Le Beaujolais cru servi frais (13-15 °C) est l'un des rouges les plus polyvalents.

  • Charcuterie lyonnaise (saucisson sec, jésus, rosette) — accord régional canonique
  • Volaille rôtie : poulet de Bresse, pintade
  • Cuisine bistrot : steak frites, blanquette
  • Cuisine asiatique légère : canard laqué — voir accords cuisine asiatique
  • Saint-Marcellin, Saint-Félicien (fromages locaux) — voir accords fromage
  • Plats à la tomate : pizza margherita, pâtes simples — voir accords cuisine italienne

Prix indicatifs

CuvéePrix moyen
Beaujolais Nouveau6-9 €
Beaujolais-Villages9-15 €
Cru courant (Brouilly, Régnié)12-22 €
Cru qualitatif (Morgon, Fleurie domaine)18-35 €
Domaine nature (Foillard, Lapierre)25-50 €
Cuvée parcellaire (Foillard 3.14, Métras)35-90 €
Cuvée culte (Lapierre Vieilles Vignes vintage)80-200 €

Questions fréquentes

Le Beaujolais est-il un Bourgogne ?

Géographiquement et administrativement oui : le Beaujolais fait partie de la grande Bourgogne. Les Beaujolais-Villages peuvent même être déclassés en "Bourgogne rouge". Mais le cépage (Gamay vs Pinot Noir) et le terroir (granits vs calcaires) en font une zone distincte avec son identité propre. Voir vins de Bourgogne.

Pourquoi servir le Beaujolais frais ?

Le Gamay aime les températures fraîches (13-15 °C). Servi à 18 °C ou plus, il paraît mou et alcoolisé. La fraîcheur révèle la pureté du fruit, l'acidité et les tanins fins. Beaucoup de grands amateurs servent même les Morgon vieillis légèrement frais (15 °C). Voir température service vin.

Quels sont les meilleurs domaines à découvrir ?

Pour 25-40 € : Marcel Lapierre Morgon, Jean Foillard Morgon Côte du Py, Yvon Métras Fleurie, Château Thivin Côte de Brouilly, Domaine Diochon Moulin-à-Vent. Tous représentatifs de la qualité moderne du Beaujolais. À éviter à ce niveau de prix : les Beaujolais Nouveau, qui ne reflètent pas la région.

Le Morgon vieillit-il vraiment 25 ans ?

Oui, pour les meilleurs. Un Marcel Lapierre Morgon Vieilles Vignes 1995 ou un Jean Foillard Morgon Côte du Py 1999 sont encore au sommet en 2026. Ces vieux Morgon développent des notes de truffe, sous-bois et fruits confits qui rivalisent avec les meilleurs Bourgogne village. La condition : conditions de cave parfaites. Voir conservation vin.

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