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Gamay : guide complet du cépage du Beaujolais

Gamay : origines, terroirs, profil aromatique. Le cépage du Beaujolais et de ses dix crus, redécouvert par les amateurs exigeants.

L'équipe ResoVino10 min
Vigne de Gamay sur sol granitique du Beaujolais

Résumé rapide

Le Gamay est le cépage roi du Beaujolais et de ses dix crus (Morgon, Moulin-à-Vent, Fleurie). Né d'un croisement Pinot Noir x Gouais Blanc en Bourgogne, il fut banni par Philippe le Hardi au XIVᵉ siècle et trouva refuge plus au sud. Cépage à la mode au XXᵉ siècle pour le Beaujolais Nouveau, il connaît aujourd'hui une renaissance qualitative grâce aux vignerons natures et aux crus du nord du Beaujolais.

Origine et histoire

Le Gamay (Gamay Noir à Jus Blanc) est né en Bourgogne d'un croisement spontané entre Pinot Noir et Gouais Blanc — même parentage que le Chardonnay. Le nom vient du hameau de Gamay (Saint-Aubin, Saône-et-Loire).

En 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ordonne l'arrachage du "déloyal Gamay" sur la Côte d'Or pour réserver les meilleurs sols au Pinot Noir. Le Gamay émigre vers le sud, où il trouve son terroir d'élection sur les granits du Beaujolais.

Au XXᵉ siècle, le Gamay devient mondialement connu grâce au Beaujolais Nouveau lancé en 1951. Cette popularité se retourne dans les années 2000 quand le marché se lasse. La renaissance vient des vignerons natures (Marcel Lapierre, Jean Foillard) qui prouvent que le Gamay peut donner de très grands vins.

Caractéristiques ampélographiques

CaractéristiqueValeur
Couleur de la baieNoire à reflets bleutés
Taille de la grappeMoyenne, ailée
MaturitéPrécoce (1ʳᵉ époque)
VigueurForte (port érigé)
SensibilitéBotrytis, oïdium, mildiou
Rendement type50-60 hl/ha (45 en cru)
Potentiel alcoolique12 à 13,5 % vol.
AciditéMoyenne à élevée

Sa précocité est un atout en climat frais : il mûrit avant les gelées d'automne. Mais elle l'expose au gel printanier — le millésime 2021 a touché 80 % du Beaujolais.

Terroirs de prédilection

Le Gamay s'épanouit sur granits décomposés (gore), schistes et argilo-calcaires. Sur sols lourds, il devient banal et plat.

  • Beaujolais cru (10 crus) : granits du sud du Mâconnais
    • Moulin-à-Vent : granit rose, manganèse — le plus tannique
    • Morgon : granits et schistes — fruits noirs, sous-bois (Côte du Py)
    • Fleurie : granit rose — finesse, violette
    • Saint-Amour, Brouilly, Côte de Brouilly, Régnié, Chiroubles, Juliénas, Chénas
  • Beaujolais-Villages : 38 communes au nord
  • Beaujolais générique : argilo-calcaires plus au sud
  • Touraine, Anjou (Loire) : Gamay de Touraine
  • Suisse : assemblages "Gamay-Pinot" (Dôle vaudoise)
  • Coteaux du Lyonnais, Auvergne : zones marginales

Le Gamay représente 99 % de l'encépagement rouge du Beaujolais (16 000 hectares).

La macération carbonique : signature du Beaujolais

La macération carbonique est la vinification typique du Beaujolais. Elle consiste à mettre les grappes entières (non foulées) dans une cuve saturée en CO₂.

À l'intérieur de chaque baie intacte, une fermentation intracellulaire se déclenche sous l'effet du CO₂. Cette fermentation produit des arômes très typés : banane, bonbon anglais, cerise, parfois fraise tagada.

Les vignerons natures du Beaujolais (Marcel Lapierre, Jean Foillard, Jean-Paul Thévenet, Yvon Métras) pratiquent la "macération semi-carbonique" avec très peu de soufre, donnant des Morgon et Fleurie élégants, fruités, dignes de garde.

Profil aromatique selon le style

Le Gamay change totalement de profil entre Beaujolais Nouveau et grand cru.

Beaujolais Nouveau : banane, bonbon anglais, fraise tagada, cerise. À boire dans l'année.

Beaujolais-Villages : cerise fraîche, framboise, violette, légère épice. Bouche fraîche, peu tannique.

Cru "fruité" (Fleurie, Saint-Amour) : violette, framboise, cerise mûre, pivoine. Bouche soyeuse.

Cru "structuré" (Morgon, Moulin-à-Vent) : fruits noirs (mûre, cassis), épices, sous-bois, parfois note tertiaire de cuir et tabac avec l'âge. Le Moulin-à-Vent est dit "Gamay qui pinote".

Vieux Morgon (15-25 ans) : truffe, sous-bois, cuir, fruits noirs confits — souvent confondu en aveugle avec un Bourgogne.

Vinification : carbonique ou bourguignonne

Deux écoles s'opposent au Beaujolais.

VinificationProfilReprésentants
Macération carbonique entièreFruité explosif, banane, peu tanniqueBeaujolais Nouveau, négociants
Semi-carbonique natureFruit pur, élégance, gardeLapierre, Foillard, Métras
Bourguignonne (égrappage)Tanins, structure, garde longueDomaine Lafarge-Vial, certains crus
Élevage barriqueNotes boisées, Moulin-à-Vent moderneDomaine de la Madone

La vinification bourguignonne (égrappage, longue cuvaison) est minoritaire mais donne les Gamay les plus aptes à la garde longue.

Accords mets-vins

Le Gamay est l'un des rouges les plus polyvalents à table grâce à ses tanins doux et son fruit accessible.

  • Charcuterie lyonnaise : rosette, jésus, saucisson sec, andouillette
  • Volaille : poulet rôti, pintade aux choux
  • Cuisine bistrot : steak frites, blanquette, pot-au-feu
  • Charcuterie variée — voir accords charcuterie
  • Saint-Marcellin, Saint-Félicien (fromages locaux)
  • Cuisine asiatique légère : canard laqué — voir accords cuisine asiatique
  • Plats à la tomate : ratatouille, pizza margherita

Le Gamay : prix indicatifs

OrigineCuvéePrix moyen
Beaujolais NouveauNégociant6-9 €
Beaujolais-VillagesDomaine moyen9-15 €
Cru courantBrouilly, Régnié, Chiroubles12-22 €
Morgon, Fleurie topFoillard, Lapierre, Métras25-50 €
Moulin-à-Vent grande cuvéeThivin Cuvée Zaccharie, Brun30-65 €
Cru cultLapierre Vieilles Vignes60-150 €

Garde et service

Un Beaujolais Nouveau se boit dans les 6 mois. Un Beaujolais-Villages 1-3 ans. Un cru courant 3-7 ans. Les grands Morgon et Moulin-à-Vent vinifiés "à la bourguignonne" peuvent vieillir 15-25 ans avec brio.

Servir entre 13 et 15 °C — le Gamay aime la fraîcheur. Verre Bourgogne moyen. Pas de carafage en règle générale, sauf pour les jeunes Moulin-à-Vent qui peuvent gagner à 30-60 minutes d'aération.

Questions fréquentes

Pourquoi le Gamay sent-il la banane ?

La note de banane (acétate d'isoamyle) provient de la macération carbonique, vinification typique du Beaujolais où les grappes entières fermentent sous CO₂. Cette fermentation intracellulaire produit cet ester très volatil. Les vignerons qui pratiquent l'égrappage et la cuvaison classique évitent cette note.

Le Beaujolais est-il vraiment un Bourgogne ?

Géographiquement et administrativement, oui : le Beaujolais fait partie de la grande Bourgogne. Les Beaujolais-Villages peuvent être déclassés en "Bourgogne rouge". Mais le cépage (Gamay vs Pinot Noir) et le terroir (granits vs calcaires) en font une zone distincte avec son identité propre. Voir vins de Bourgogne.

Quels sont les meilleurs crus du Beaujolais ?

Cinq crus dominent qualitativement : Morgon (notamment Côte du Py), Moulin-à-Vent (le plus structuré), Fleurie, Saint-Amour et Côte de Brouilly. Les domaines de référence : Marcel Lapierre, Jean Foillard, Yvon Métras, Jean-Paul Thévenet (Morgon) ; Domaine Thivin (Côte de Brouilly) ; Château des Jacques (Moulin-à-Vent).

Le Gamay vieillit-il ?

Le Beaujolais Nouveau et les Beaujolais-Villages sont à boire jeunes (1-3 ans). Mais les grands Morgon et Moulin-à-Vent issus de vieilles vignes et vinifiés en cuvaison classique peuvent vieillir 10-25 ans, développant des notes de truffe et sous-bois proches du Pinot Noir évolué. Voir vins de Beaujolais.

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